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Conférenciers invités

PREMIER COLLOQUE INTERNATIONAL SUR LES ZOMBIES
DU 5 au 7 JUILLET 2012,  UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL

Amphithéâtre du Cœur des Sciences (SH-2800)
Université du Québec à Montréal, 200 rue Sherbrooke Ouest

 

Kyle William Bishop (professeur à la Southern Utah University, Cedar City, ÉU) :

Titre de la conférence
The Rise of Zombie Studies. How the Walking Dead Invaded the Academy ? And Why It Matters

Résumé de la conférence
Chaque nouvelle année semble apporter son lot de contagion virale ou d’infestation effrayante, de manuels de survie, de retraites d’entraînement; même les plans gouvernementaux de réaction à l’Apocalypse font leur apparition de plus en plus fréquemment. Contrecoup du terrorisme, des désastres naturels, politiques et économiques qui ressemblent étrangement aux scénarii de zombies, les images de telles fictions ne choquent plus la population devenue blasée à force d’accoutumance au genre de l’horreur traditionnelle. Les histoires de zombie nous permettent de faire face à la paranoïa ressentie par rapport à l’infection, la mort et la destruction. Nous drainons nos angoisses par ces catharsis narratives apocalyptiques, exorcisons nos tendances destructrices grâce aux jeux vidéo violents et vérifions notre ingéniosité et nos capacités d’adaptation à travers des scénarii et exercices de survie. En admettant finalement que cette créature est devenue omniprésente dans notre culture, nous pouvons désormais lui dédier un domaine sérieux d’études académiques.

Publications
American Zombie Gothic: The Rise and Fall (and Rise) of the Walking Dead in Popular Culture, Jefferson, NC: McFarland, 2010.
— «The Pathos of The Walking Dead: Bringing the Terror Back to Zombie Cinema» dans : James Lowder (dir.), Triumph of The Walking Dead: Robert Kirkman’s Zombie Epic on Page and Screen, Dallas: Benbella Books, 2011, p. 1–14.
— «Assemblage Filmmaking: Approaching the Multi-Source Adaptation and Reexamining Romero’s Night of the Living Dead» dans : Christa Albrecht-Crane and Dennis Cutchins (dirs.), Adaptation Studies: New Beginnings, Teaneck, NJ: Fairleigh-Dickinson UP, 2010, p. 263–277.
— «Vacationing in Zombieland: The Classical Functions of the Modern Zombie Comedy» ,Journal of the Fantastic in the Arts, 22.1 (2011): 24–38.

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Simon Niedenthal (Professeur associé, Université de Malmö – École des Arts et Communications, Suède) :

Titre de la conférence
Vile Perfume: the Future of the Zombie in the Smellscape of Gaming

Résumé
Le zombie est l’obstacle principal à l’ajout de l’odeur au jeu vidéo. Se voyant accorder la possibilité théorique d’ajouter une dimension olfactive à l’expérience de jeu, un commentateur en ligne recule de dégoût : «Je ne sais pas si je voudrais faire l’expérience de certaines odeurs (et encore moins en remplir ma chambre) dans les jeux vidéo. Je veux dire, des endroits comme Silent Hill doivent sentir absolument horrible» (traduction libre). Un autre met en garde contre l’odeur nauséabonde des « cadavres en putréfaction et de toutes sortes de puanteur » (traduction libre). Un chroniqueur de Kotaku conclut: «Lorsque le smell-o-vision sera la norme, je serai certain d’éviter des jeux comme Dead Rising, Left 4 Dead et les premiers Resident Evil». (http://kotaku.com/5880036/why-i-dont-want-to-smell-video-games, traduction libre). Des commentaires de ce genre soulignent le lien étroit qui existe entre l’odorat et l’émotion de dégoût, avec ses mécanismes de base d’évitement et de retrait.
Et pourtant, l’odeur des zombies fascine de nombreux amateurs, qui spéculent sur l’effluve qu’ils dégagent : « Ils sentiraient la chair en décomposition, qui sent étrangement sucrée mais douceâtre. Ma sœur a eu un parfum qui s’appelait ‘Poison’ et qui sentait la chair en décomposition. Je lui disais qu’elle sentait le zombie et elle ne trouvait pas ça drôle! » (traduction libre). Ce mélange de sucre et de pourriture est parallèle avec le travail (plus sérieux) de Bataille sur le parfum des fleurs : « beaucoup de forces contradictoires, on peut le suggérer, coexistent dans un parfum : l’humanité et l’animalité, la spiritualité et la matérialité, la beauté et la corruption. » (Stamelman 2006 p. 299, traduction libre), et on a souvent constaté que les molécules odorantes volatiles du jasmin et des matières fécales sont composées des mêmes éléments (appelés indoles).

Publications
— «Skin Games: Fragrant Play, Scented Media and the Stench of Digital Games», in Eludamos: Journal for Computer Game Culture, vol. 6, no. 1, 2012.
— «Indoor Fireworks: The Pleasures of Digital Game Pyrotechnics», in Eludamos: Journal for Computer Game Culture, vol. 4, no. 1, 2010.
— «Patterns of obscurity: Gothic setting and light in Resident Evil 4 and Silent Hill2», in B. Perron (ed.), Horror Video Games: Essays on the Fusion of Fear and Play, McFarland and Co.,
Jefferson, North Carolina, 2009.
— «What We Talk About When We Talk About Game Aesthetics», Proceedings of the Digital Games Research Association (DiGRA) Conference, Londres, Angleterre, 2009.

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Jean-Baptiste Thoret (Chercheur indépendant et directeur de l’anthologie Politique des zombies, l’Amérique selon Romero) :

Titre de la conférence
L’image-zombie (
Diary of the Dead et après)

Résumé
En 1968, personne n’aurait imaginé, pas même le jeune George Romero, que La Nuit des morts vivants, petit film horrifique tourné en noir et blanc dans la campagne de Pittsburgh jetterait les bases du film d’horreur moderne (l’Autre, c’est le même) et continuerait, quarante ans plus tard, de hanter le cinéma américain. Avec le mort-vivant, métaphore limpide d’une Amérique déliquescente en proie à un refoulé qui fait retour, Romero propulse le film d’horreur sur un terrain explicitement politique et invente une figure porteuse d’un désir de changement. Le zombie incarne, pour reprendre les mots de Clément Rosset décrivant l’idiotie du réel, « la rencontre d’un but absolument déterminé et d’une motivation absolument manquante ». Bloc insensé et polysémique, buvard livide capable d’absorber les terreurs de son époque, il cristallise aujourd’hui comme hier, une nouvelle société qui veut absorber l’ancienne. Après Zombie et sa critique radicale de l’entropie consumériste (le capitalisme et son principe cannibalique, 1979), Le Jour des morts-vivants (pamphlet satirique sur les dérives de la science et de la tentation sécuritaire, 1985) et Land of the Dead, fable caustique sur l’Amérique post-11 septembre (paranoïa et désir de repli face à un monde radicalement anxiogène, 2005), Romero réalise Diary of the Dead, et cale son pas sur un groupe d’étudiants en cinéma qui, afin de conjurer le chaos provoqué par le retour soudain et inexpliqué des morts à la vie, décident de braquer leurs caméras sur le phénomène. Ici, Romero n’a rien perdu de son scepticisme très Watergate à l’égard des grands médias, doute parfaitement intégré par la génération Youtube et les personnages du film qui, peu convaincus par les versions officielles des grands networks, décident de documenter la réalité par ses marges (Internet, ses blogs, ses sites de partage vidéo, ses journaux intimes, etc…). Jason Creed, l’apprenti réalisateur du film dont nous découvrons alors le travail posthume (Death of the Dead, un documentaire constitué d’images vidéos de sources multiples) croît dur comme fer à cette loi énoncée par l’un de ses compagnons de route au milieu du film : « la panique commence lorsque l’on ne connaît pas la vérité ». Diary of the Dead démonte brillamment les rouages de notre utopie techno-médiatique – la vérité d’un événement, et peu importe qu’il s’agisse de la guerre en Irak ou d’une invasion de zombies, dépend-elle forcément du nombre de regards que l’on pose sur lui ? Après le soupçon d’un mensonge généralisé (l’Amérique de Nixon et des « plombiers »), voici venu le temps du bruit. « L’information dévore ses propres contenus, écrit Jean Baudrillard dans Simulacres et simulation, au lieu de faire communiquer, elle s’épuise dans la mise en scène de la communication ». Dans Diary of the Dead, l’inflation de l’information produit à la fois une neutralisation du « réel » (filmer consiste en une double opération de protection contre l’horreur du monde et d’immunisation contre cette réalité qu’on enregistre) et une déflation absolue du sens puisqu’à la fin, on en sait pas plus qu’au début. Au fond, l’image de la réalité est à la réalité ce que le zombie est pour nous : une pâle copie du vivant, son simulacre dévitalisé et proliférant, régi par une même compulsion insensée : d’images pour les uns, de chair pour les autres.

Publications
Le Cinéma contemporain, Flammarion, coll. «Mode d’emploi», 2011.
— Sergio Leone
, Le Monde/Cahiers du Cinéma, coll. «grands cinéastes», 2007.
Politique des zombies. L’Amérique selon George Romero, dir., Ellipses, 2007.
Le cinéma américain des années 70, Éditions de l’Etoile/Cahiers du Cinéma, 2006.
26 secondes, L’Amérique éclaboussée. L’assassinat de JFK et le cinéma américain, Éditions Rouge Profond, coll. «Raccords», 2003.
Dario Argento, magicien de la peur, Éditions de l’Etoile/Cahiers du Cinéma, coll. «Auteurs», 2002 (réédition augmentée en 2008).
— Une expérience américaine du chaos: Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper
, Éditions Dreamland, coll. «Cinéfilms», 2000.
— Mythes et masques: les fantômes de John Carpenter
(co-écrit avec Luc Lagier), Éditions Dreamland. 1998.